Avec mon sherpa Ang Babu, nous approchons du sommet final. La fin est très impressionnante sur cette vire de 40cm de large. Une corde fixe nous sécurise, mais ce passage est impressionnant et le vide bien présent.
Au sommet, il y a un drapeau népalais planté dans la neige et quelques drapeaux à prière.
Je suis à 8163m d’altitude, il n’y a rien au-dessus de moi, le Manaslu est assez isolé, la face sud est abrupte, 2000m de parois verticales…
Nous sommes une dizaine d’alpinistes à nous retrouver au sommet, instant magique, osmose entre alpiniste et Sherpa, sourire de gens heureux. J’en ai pris plein les yeux, j’ai des images à jamais gravées dans ma tête. En haut, à 8163m, c’est impressionnant, nous dominons véritablement. Quelques montagnes éloignées sortent des nuages, c’est beau, c’est émouvant : J’ai réussi, je suis au sommet du 8ème plus haut sommet au monde, un rêve s’éteint, une réalité vient de naitre.
8163m c’est presque l’altitude d’un avion de ligne, imaginez les sensations, le froid, l’ambiance, sauf que vous n’êtes pas à l’intérieur de l’avion, mais sur le toit de l’avion…
Nous commençons la descente, quittons l’arrête sommitale et me pose sur la neige pour prendre quelques minutes. J’enlève mon sac à dos pour la première fois, je m’assoie, mes nerfs lâchent, je craque, je pleure. Je lâche la pression qui s’est accumulée depuis le C3 à 6800m. Je pleure de joie, je réalise tout le chemin parcouru depuis 25 années pour construire ce projet, pierre par pierre, sans jamais douter de moi, sans jamais douter de mes capacités physiques et mentales pour y arriver. J’étais juste prêt à vivre cette aventure, toutes les planètes étaient alignées. Je réalise que j’ai atteint le sommet, que l’environnement est juste fou, magique, envoutant, le moment est unique et j’en prends conscience. Il aura fallu 12h45 d’efforts intenses depuis le C3 pour arriver au sommet.
Le monde de l’alpinisme est un monde parallèle, très loin de celui que je connaissais, c’est un monde à part, dans un environnement hostile, avec des personnages qui ont tous des raisons différentes d’être là-haut.
Je regarde Ang Babu et le prend dans mes bras, nous nous serons forts l’un contre l’autre et remercions l’autre pour ces moments de bonheur : lui aussi vient de réaliser le sommet du Manaslu à 8163m pour la première fois, lui qui a déjà gravi 3 fois l’Everest…
Je reprends mes esprits et nous entamons la descente, soulagé par l’exploit accompli, mais toujours concentré pour ne pas risquer l’accident. Je suis toujours sous oxygène pour ne pas risquer un œdème…
27 h auront été nécessaire pour gravir le Manaslu et redescendre au camp de base, sain et sauf, franchir cette barre des 8000m, souvent appelée la zone de la mort. J’ai découvert ce monde très fermé des alpinistes en très haute altitude qui demande un engagement total et une attention permanente…
Mardi 24 septembre 5h25 du matin
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